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Sermon pour les obsèques de Georges Verny (par Mr l'Abbé P. Jouachim)
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Ma chère Sophie |
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Il arrive parfois qu’une simple prière, même courte, parvienne à résumer toute une existence : et en méditant cette
belle prière scoute, nous pouvons retrouver tout l’idéal que notre ami Georges Verny s’est efforcé d’atteindre ;
nous pouvons retrouver finalement tout le sens de sa vie.
En effet, puisque Georges Verny avait fait sa promesse, puisqu’il avait fait son départ routier, il savait que le
vrai bonheur du chrétien se trouve dans le don de soi-même et dans l’acceptation de la volonté de Dieu. Cette
volonté divine, bien souvent, ne correspond pas à la nôtre. Le Seigneur nous le rappelle en effet dans la Sainte
Ecriture : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas vos voies ».
Et il est bien évident, mes frères, que le projet de Dieu concernant son serviteur, qui vient de nous quitter,
est encore bien obscur pour chacun d’entre nous. Pourquoi un départ si rapide ? Pourquoi une si implacable maladie ?
Pourquoi de telles souffrances ?
Ne cherchons pas, cependant, à comprendre ce que Dieu seul peut connaître dans sa sagesse infinie. Il nous faut en
ce jour imiter Marthe, que nous venons d’entendre dans le très bel évangile de cette Messe, Marthe qui est dans la
douleur et dans l’incompréhension après la mort de son frère, mais qui garde toujours sa ferme confiance dans le
Seigneur et dans sa promesse : « Celui qui croit en moi, quand bien même il serait mort, vivra ; et moi, je le
ressusciterai au dernier jour. ».
Ainsi donc, s’il est vrai que le rappel à Dieu de Georges Verny suscite bien évidemment une tristesse légitime, nous
devons cependant garder un cœur paisible et plein d’abandon : si nous savions tout ce que Dieu sait, nous voudrions
tout ce qu’il veut.
Notre cher défunt, d’ailleurs, nous a montré l’exemple, en s’abandonnant littéralement à la volonté divine, et en se
laissant malmener et purifier durant sa maladie, de la même façon qu’un métal précieux se laisse travailler et
purifier par l’artisan, lequel, peu à peu, l’amène à la perfection de tout son être.
Au cours des derniers mois, ceux qui on vu Georges malade ont pu constater à quel point il se rapprochait du Christ
souffrant, de ce Christ qui nous a montré que les épreuves de cette vie ont toujours un sens, si on accepte de les
offrir et de les unir à sa Passion rédemptrice.
Voilà pourquoi, en évoquant de l’uniforme scout qui lui était si cher, Georges Verny insistait sur l’importance
toute particulière de la croix : « Lorsque tu portes l’insigne de la Croix, avait-il écrit, tu acceptes de souffrir
avec le Christ. Les hommes du XXIème siècle cherchent un petit confort bien douillet qui pourra leur donner des
petits bonheurs en ce monde et une assurance sur l’éternité. N’est-ce pas se moquer du Christ ? Dans ta vie, frère
scout, la Croix du Christ aura sa place. »
Rien n’est plus vrai ; mais nous savons qu’un vrai chef ne se contente jamais d’énoncer de beaux discours : il sait
mettre en application ses propres maximes dans sa vie personnelle, et les semaines que nous venons de vivre en sont
une admirable illustration.
Notre grande consolation, en ce jour, est de savoir que Georges Verny a quitté cette terre comme il a vécu : en bon
chrétien. Il est mort avec cet idéal du scout et du routier, avec ces valeurs qui ont forgé sa vie chrétienne,
et qu’il a voulu transmettre non seulement à toute sa famille, qu’il a aimée et chérie, mais aussi au mouvement
des Europascouts dont il a été le Président et le Chef de Groupe.
Et en considérant toutes les missions accomplies par notre ami dans son foyer, dans son entreprise ou dans nos
unités, il nous faut repenser à la grande noblesse de l’autorité, lorsqu’elle est pratiquée par un chrétien : le
vrai chef, c’est celui qui sait se faire obéir, parce que d’abord il a su se faire aimer.
Jusqu’à ses derniers moments, il a voulu se rendre digne de ses engagements, continuant même de proposer ses services
du fond de son lit d’hôpital pour les futures activités de nos unités. C’est là qu’il faut nous rappeler que la
devise du Routier, nous le savons, réside en un simple mot : servir. Et Georges Verny avait parfaitement compris
toutes les implications et toutes les exigences de cette devise, allant jusqu’à l’oubli de lui-même, afin de se
conformer le plus possible au Christ Serviteur.
Il était fier de sa foi, qu’il voulait agissante et missionnaire ; il était fier de son uniforme ; il était fier
de cette pédagogie scoute fondée sur le don de soi, sur la simplicité de vie, sur une application concrète du
décalogue à travers la Loi et les Principes, et finalement sur une pratique constante de la vertu de charité.
Chers jeunes, vous qui faites partie du mouvement Europascout, voilà sans aucun doute le plus bel héritage que vous
laisse votre chef en ce jour : un héritage en dix articles, avec cette merveilleuse devise, « servir », qui en est
comme la pierre angulaire. Vivez dans l’esprit de votre promesse, gardez tout ce que vous avez reçu, et sachez le
transmettre généreusement aux autres ! Le scout, comme son nom l’indique, est l’éclaireur, celui qui marche en avant
et qui illumine ceux qui sont dans la tristesse et les ténèbres… et nous savons que notre pauvre monde a plus que
jamais besoin de la vraie lumière, une lumière qui ne vient pas de nous, mais que nous portons avec humilité.
Souvenez-vous toujours que la vie de votre chef a été une leçon de loyauté, de fidélité, et de générosité ; que sa
maladie a été une leçon d’abnégation, de courage et de persévérance; que sa mort enfin, a été une leçon d’abandon
et de sérénité.
Quant à vous, Damien, Marie, Madeleine, Mathilde, Guillaume et Pierre, vous saurez, je le sais, vous rappeler que
votre père était un homme juste devant les hommes et devant Dieu, et que les principes qu’il vous a transmis,
constituent le secret du véritable bonheur.
Je me souviendrai encore longtemps de cette soirée passée chez vous, où tous, rassemblés autour de votre père,
vous m’aviez chanté ce cantique que vous avez d’ailleurs choisi pour l’offertoire de cette Messe : « Grain de blé
qui tombe en terre, si tu ne meurs pas, tu resteras solitaire, ne germeras pas. » Pouvions-nous alors imaginer à
quel point ces paroles allaient prendre du sens jour après jour et nous aider à vivre toutes ces heures difficiles ?
Le grain de blé est mort aujourd’hui, il va être porté en terre, mais désormais il va vivre d’une nouvelle vie, et
porter, nous l’espérons tous, beaucoup de fruit.
Votre Père a cependant besoin de nos prières, de la prière de toute l’Eglise, et la belle liturgie des défunts dans
cette forme extraordinaire du rite romain, à laquelle il était si attaché, nous montre bien par sa gravité et
noble sérénité que notre tristesse d’ici-bas doit être apaisée par cette confiance absolue en un Dieu qui est
toute bonté et toute miséricorde.
Le temps de la Toussaint, d’ailleurs, nous invite à avoir ce regard plein d’espérance, puisque les saints du
paradis que nous avons fêtés, eux aussi, ont accompli un pèlerinage sur la terre ; un pèlerinage avec des embuches,
des souffrances, des croix, des fragilités, des péchés même; mais un pèlerinage où, aidés par la grâce de Dieu et
nourris de l’Hostie, ce vrai pain des Routiers, ils ont pu cheminer droitement vers la Maison du Père, en nous
ouvrant la voie vers Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.
Prions donc, au cours de cette Messe, afin que notre cher Georges Verny soit accueilli dans ce camp de repos et
de joie où le Christ a dressé sa tente et la nôtre pour l’éternité.
Prions pour toute sa famille, afin qu’elle continue de grandir toujours plus dans l’amour du Seigneur, et dans la
fidélité à tout ce qu’elle a reçu. Que Notre-Dame des éclaireurs la soutienne dans l’épreuve, et qu’elle accompagne
chacun de ses membres jusqu’au Royaume des Cieux où il n’y a ni malheur, ni souffrance, ni mort.
Prions enfin pour nous-mêmes, pour notre mouvement, pour tous ces jeunes qui ont soif de lumière, de vérité et de
sainteté.
En somme, et ce sera le plus beau témoignage de reconnaissance à l’égard de notre ami qui vient de nous quitter,
prenons la résolution de mettre en pratique, dès maintenant, ces conseils du Père Jacques Sevin :
« Le scout est fier de sa foi. Montre-la donc, arbore-la, étale-la. Ne reçois pas l’exemple, donne-le. Ne regarde
pas si tu es suivi ; marche et l’on te suivra. Le scout est celui qui sait vouloir être le premier. »
En suivant ces conseils, nous seront toujours heureux ; nous serons toujours confiants ; nous serons toujours
jeunes ; et nous serons toujours riches de toute la richesse de Dieu,